Président Evo Morales : Bon… La cocaïne est comme le cheveu blanc du traducteur et la feuille de coca est verte comme les feuilles de cette plante. La feuille de coca dans son état naturel est un aliment, c’est une médecine. Elle s’utilise beaucoup dans les rituels, comme vous avez pu le voir dans les cérémonies de la Conférence Mondiale pour les Droits de la Terre-Mère. Par conséquent, pour transformer la coca en cocaïne, on utilise beaucoup de produits chimiques, et c’est un mélange d’acide sulfurique et d’autres corps chimiques qui la transforment en drogue. Mais nous n’avons pas la culture de la cocaïne, de la feuille de coca oui, mais pas de la drogue. Je regrette beaucoup que le Département d’État des États-Unis nous accuse du fait que les consommateurs de feuilles de coca sont narco-dépendants. C’est une absurdité. C’est totalement faux. Et que nous les producteurs de feuilles de coca sommes des narcotrafiquants et que la coca c’est la cocaïne, c’est complètement mensonger. Par conséquent nous sommes engagés dans une bataille permanente pour continuer d’informer tout le monde à ce sujet. Mais les gens comme vous, par exemple, savent déjà que la coca ça n’est pas la même chose que la cocaïne1
.Mais, en plus de cela… quand l’étain bolivien était à son apogée et servait l’industrie nord-américaine, les États-Unis promouvaient les cultures de coca pour que les mineurs, les ouvriers, en consommant des feuilles de coca2
, puissent extraire l’étain pour l’envoyer aux États-Unis. Et ils donnaient des décorations aux meilleurs producteurs de coca. Il existe des documents sur tout cela.Je suis convaincu de que la cocaïne, le trafic de stupéfiants, est une invention des États-Unis. Sous cette invention, ils ont créé cette guerre contre le trafic de stupéfiants et le capitalisme vit des guerres, le capitalisme a besoin des guerres pour vendre son armement[[Et accessoirement on peut aussi considérer que le narcotrafic est lié aux réseaux de vente d’armes, bien pratique pour vendre de l’armement discrètement et/ou avoir accès à un flux alternatif d’argent.]]. Alors ce n’est pas un problème isolé, le problème des drogues : c’est un problème qui a à voir avec les intérêts du capitalisme, et sous le prétexte de la lutte contre le narcotrafic, ils installent des bases militaires3
. C’est le contrôle politique, la domination, la soumission. C’est le nouveau colonialisme. Amy Goodman : Président Morales, permettez-moi cependant de vous demandez. Je parlais, non pas avec vos adversaires, mais avec vos partisans, qui s’inquiètent qu’il y a un problème croissant de narcotrafic. Je me demande si vous pensez qu’il en est ainsi, vous plus que personne, comprenez qu’une quelconque chose de ce type pourrait provoquer une intervention massive. Par conséquent: qu’est-ce que vous ferez à ce propos ? Président Evo Morales : C’est un problème. Nous le reconnaissons. Je ne sais pas s’il est croissant, mais oui … les cartels de la drogue et de la cocaïne sont si puissants et l’État Plurinational (de la Bolivie) ne dispose pas des outils et de la technologie pour lutter efficacement contre les cartels de la drogue. C’est une faiblesse de notre part. Et le plus important c’est le mouvement paysan a volontairement réduit les cultures de la coca. Avant c’était une éradication forcée qui violait des droits de l’homme. Le problème c’est que nous ne sommes pas équipés de radars, de satellites et le narcotrafiquant n’est pas celui qui foule la coca. Il habite dans le monde entier et son argent est dans les banques. Nous devons en finir avec le secret bancaire : pourquoi pas ? Imaginez que sans ça il n’y a pas d’apports à un effort réel et effectif contre le trafic de stupéfiants. Amy Goodman : Y a-t-il un rôle que les États-Unis peuvent jouer dans le combat contre le trafic de stupéfiants dans ce pays que vous considéreriez constructif ? Président Evo Morales : Nous avons uniquement besoin d’équipement, de technologieAmy Goodman : Nous parlons au président de la Bolivie Evo Morales, qui était cocalero4
, chef du syndicat des cocaleros. Maintenant, je veux revenir dix ans en arrière. Je veux revenir à la Guerre de l’Eau, grâce à laquelle vous avez réellement augmenté votre popularité et vous êtes finalement arrivés à la présidence. Ici même par cette fenêtre de l’Université de la Valle, nous pouvons voir la montagne Tunari. C’était le nom utilisé par cette compagnie mystérieuse, les Eaux du Tunari, qui était en réalité la compagnie nord-américaine Bechtel, arrivée pour privatiser la fourniture en eau. Vous vous êtes joint aux agriculteurs, aux travailleurs industriels dirigés par Oscar Olivera, et vous avez dirigé un mouvement de masses contre la privatisation qui a expulsé Bechtel. Parlez-nous de cette période. Président Evo Morales : Je suis né à Oruro, Orénoque, dans un autre département de l’Altiplano, et après avoir fait mon service militaire obligatoire en 1978, je suis allé en 1979 avec mon père au Chapare, dans la région du Chapare, qui est un département de Cochabamba. Et en 79, 80, on était de passage par ici, j’ai vu le Tunari toujours enneigé. La majeure partie de l’année il y avait de la neige. Maintenant, quand la neige tombe elle tient une demie journée maximum. Je l’ai vu. Eh bien, en marge de ce sujet, les premiers compagnons qui se sont levés contre le creusement des puits l’ont fait près d’ici au lieu dit Vinto, Vinto Chico. Je rappelle parfaitement que les communautés avaient été mobilisées pour bloquer les routes. Et ils m’ont dit: Evo, qu’est-ce que tu penses des contacts avec la presse ? Amenez la presse. Le gouvernement va nous faire mal avec la privatisation de l’eau. Et j’avais quelques amis dans la presse. Et nous les avons amené à Vinto, nous avons discuté avec eux et ils l’ont dénoncé. Je suis resté très impressionné par la situation. Je parle des années 90. J’ai beaucoup appris. Après vient ce contrat avec les Eaux du Tunari. Pour les gens de la ville, les tarifs de l’eau allaient augmenter de 300, 400, jusqu’à 700 pour cent. Cela a provoqué la réaction de la population. Et la privatisation des versants, de l’irrigation, pour les gens qui mettaient en place l’irrigation, pour le mouvement paysan, tout cela a été un problème. Et Fernández, Oscar Olivera, nous les avons convoqué pour nous réunir et pour débattre. Omar Fernández, qui faisait parti des constructeurs des irrigations. Et Oscar Olivera du secteur ouvrier. Et ce qui m’a le plus fait réagir ça a été au Parlement – entre 1999 et 2000 j’étais parlementaire – ils m’ont dit au Parlement qu’il fallait approuver un crédit, je crois qu’il était de 50 millions de dollars de la CAF (la Corporation Andine de Promotion) pour le donner à ceux de Tunari. Moi, pour le moins, ma manière de penser, s’il y a une entreprise qui s’adjuge ou qui privatise, l’eau ou toute ressource naturelle, elle a à investir de l’argent. Pourquoi l’État allait-t-il à prêter de l’argent pour l’entreprise des Eaux du Tunari ? Tu comprends ? Dans le monde indigène et paysan, dans le monde des pauvres, l’entrepreneur c’est celui qui a beaucoup d’argent. Les transnationales sont multimillionnaires. Et là une transnationale, les Eaux du Tunari, s’adjuge la privatisation de l’eau et l’État, le Parlement, voulaient approuver une loi pour obtenir un crédit pour les Eaux du Tunari. Quelle type de privatisation est-ce donc ? Maintenant je peux en parler avec plus de raison, avec beaucoup de connaissance, à propos de ces transnationales. C’est ce sujet qui a attiré mon attention. Ici il n’y a pas d’investissement des entreprise. Après nous avons été informé qui étaient les associés de la multinationale Tunari : un homme politique comme Médina Dorienne et d’autres politiques. Et se sont groupés pour créer une grande entreprise. Mais il n’y avait pas d’argent, et par conséquent ils supposaient que le gouvernement bolivien allait leur prêter l’argent. Cela et beaucoup d’autres choses nous ont unis, au mouvement paysan, aux irrigateurs et aux gens de la ville. Je dirais que le secteur d’Oscar Olivera a un peu participé à cette lutte. Ceux qui se sont vraiment battu se sont les irrigateurs, les paysans et les cocaleros. Nous nous sommes unis dans la lutte. Nous n’avions pas de problème d’eau au Chapare. Chapare, et la Lune ? Trop d’eau. Le sujet est qu’ils étaient sur une politique de privatisation. Là nous avons de l’eau potable et elle est aux mains d’un syndicat. Nous avons dit : “Cette politique va arriver ici tôt ou tard. Avant qu’elle n’arrive au Chapare c’est mieux que nous allions combattre à Cochabamba.” Quand un jour je me suis senti comme battu ici dans les mobilisations, à ce moment, près de mille compagnons ont décidé de sortir participer à une marche et ils ont dit : “nous allons à la marche!” Nous sortons et déjà la police commence à nous gazer et la presse dit : “Ils ont gazé les cocaleros qui luttent pour l’eau”. Oh … et la population se lève et un état de siège a été instauré. C’était le dernier état de siège et nous l’avons battons. Depuis cette fois ils n’y a plus d’état de siège. Amy Goodman : Alors: comment vous sentez-vous – à partir de cette victoire – d’avoir expulsé Bechtel du pays ? D’avoir été un manifestant qui lançait des pierres, et de devenir président de son pays, représentant la police et les militaires à qui vous vous opposiez alors. Président Evo Morales : Eh bien, maintenant que je suis président on continue à sortir les entreprises. Avant en tant que dirigeant d’un mouvement social, maintenant en tant que Président. Depuis que je suis président on a sorti les Eaux d’Illimani de La Paz. On est entrain de soritr la Transredes, le groupe pétrolier. Cela ne change pas. Ce sont des politiques définies par les mouvements sociaux, et nous les continuerons. Mais oui… je veux que cela se sache : Jamais plus d’entreprises propriétaires de nos ressources naturelles. Oui, nous avons besoin d’associés. Par exemple les différents accords que nous avons passé avec plusieurs entreprises. L’entreprise investit, mais sous contrôle, et le propriétaire c’est l’État Plurinational de la Bolivie. Nous sommes les propriétaires de 60% des actions et eux ? Ils investissent 40%. La récupération de leur investissement est garanti légalement et constitutionnellement mais le droit des usagers est également garanti. Amy Goodman : Vous parlez de l’industrie et du rôle des corporations. Je voudrais considérer comment vous faites face aux droits indigènes, les droits environnementaux, et les conciliations avec les corporations. Allons à San Cristobal, la mine, les protestations de la semaine dernière. S’il vous plaît dites-nous ce qui se passe là-bas. Les mineurs ont fermé la zone. Ils demandent que Sumitomo, la compagnie japonaise, leur paie des réparations, et qu’elle arrête de contaminer l’eau. Je crois qu’elle utilise 6.000 litres d’eau par seconde. Que fait le gouvernement ? Que faites vous, président Morales ? Président Evo Morales : Tout d’abord, c’est une concession légale, garantie et légalement blindée par le gouvernement précédent. C’est l’héritage des gouvernements néolibéraux. Mais aussi les communautés de la zone doivent savoir que l’entreprise a convenu avec elles. Ils ont créé une fondation pour donner de l’argent aux membres des communautés et d’expérience ce genre d’accord, de chantage ou de prébende ne sont pas la solution. Ils ne sont pas éternels. Et les coupables ce sont les dirigeants de ces communautés qui ont accepté, ils se sont mis d’accord avec l’entreprise. Mais il y a également une composante politique. Quand la droite a perdu aux élections municipales, le jour suivant avec les conflits salariaux ont commencé. Si nous voulons résoudre l’affaire San Cristobal il faut changer la loi. Le code de l’industrie minière. Et sûrement faire une profonde révision du contrat de la concession. Mais hier ou avant-hier le conflit s’est terminé. Ils l’ont levé les barrages et on a discuté vraiment. Mais parfois ce type de conflits sont utilisés politiquement à un niveau local. Amy Goodman : Le Département d’État (US) a émis un avertissement que les gens ne devaient pas voyager dans cette zone. Président Evo Morales : Non… Il se trompe… On entend toujours ce genre de campagne de la part du Département d’État des États-Unis. Un petit tronçon de la route est bloqué. Mais je le répète, il a été débloqué il y a deux jours. Et après on m’a informé que plusieurs touristes avaient été bloqués, mais les communautés, d’une manière responsable ont fait passer les touristes. Imaginez-vous, cette manière qu’a le Département d’État des États-Unis de sataniser. Et nous nous disons de manière humaine : les compagnons ont un droit. Bien que ce soit politisé. Bien qu’ils ne se rendent pas compte que les responsables de ces accords ont non seulement été les gouvernements précédents mais également leurs dirigeants, leurs ex-dirigeants communs. Il y avait un double accord, les entreprises avec l’État et les entreprises avec les dirigeants du mouvement paysan de la région. Je sais ça parce que j’étais là-bas et j’ai discuté avec les compagnons. S’ils ont fait une fondation, je ne sais pas combien de millions de dollars par an ils investissent. Cela ne veut pas dire réduire des responsabilités, bien sûr. C’est notre responsabilité de chercher des solutions. Et je disais il y a un moment qu’il y a des contrats bien blindés, nous sommes responsables de ces contrats, mais maintenant: Comment les changer ? Amy Goodman : Passons au sujet principal. L’économie bolivienne est basée à 20 ou 30%, sur les industries extractives comme l’argent, le zinc. On commence maintenant à réellement extraire du lithium. La Bolivie a les principales réserves au monde de lithium, une source alternative incroyable d’énergie pour les batteries, pour les voitures électriques. Comment conciliez-vous les industries extractives avec l’environnement, la Pachamama le mot indigène pour la Terre-Mère, et avec les droits indigènes ? Président Evo Morales : Là nous avons besoin d’études poussées. Si nous voulons défendre la Terre-Mère et les Droits de la Terre-Mère, tout projet d’industrialisation de ressources naturelles doit respecter la régénération de sa biocapacité. Avec plusieurs minerais, par exemple, avec des minerais non renouvelables, ce sera difficile. Maintenant, le débat interne c’est que faire, parce qu’avant, la Bolivie vivait de l’étain comme État colonial. Maintenant nous vivons du gaz et du pétrole. Nos ressources économiques viennent fondamentalement du gaz et du pétrole et en second lieu de l’industrie minière. Dans quelle mesure l’industrialisation de ces ressources peut-elle permettre le respect de la Terre-Mère ? À partir de la conférence (le Sommet de Cochabamba), nous devons tous changer. Mais quand on nous dit que le lithium serait une énergie alternative, je demande : comment traiter la saumure ? Et : sur quelle période cela peut-il se régénérer ? Certains me disent 50 ou 100 ans. Je serais heureux si c’était 50 ans parce que nous avons environ 10 000 Kms carrés de salar. C’est immense. De la manière dont nous avançons. Mais si c’est régénéré, nous serions satisfaits, d’avoir une solution de remplacement pour ces énergies qui font tant de mal à la Terre-Mère. Amy Goodman : Ce sont les thèmes qui ont été traités par la table 18, le groupe qui n’a pas été inclus au sommet, mais même quelqu’un sur la scène de la cérémonie d’ouverture, Faith Gemmill du nord de l’Alaska, a dit qu’il fallait : “Maintenir le charbon sous terre, maintenir le pétrole sous terre.” Qu’est-ce vous répondez à cela, à l’arrêt des extractions ? Président Evo Morales : Voulez-vous que je dise la vérité sur la table 18 ? C’est l’affaire des ONG et des fondations. Les frères indigènes, ceux qui jamais, on eux pour la première fois une table indigène à la 17. Comme il s’agit de justifier des investissements des ONG, les « ONGistes » ont établi la table 18 pour justifier ces investissements. Maintenant, le débat interne. Ces fondations, ONG, ont dit : “Amazoníe sans pétrole”. Alors qu’est-ce qu’ils me disent que je vais couvrir les puits de pétrole, les puits de gaz. La Bolivie… de quoi va-elle vivre ? Soyons réalistes. Mais comme ces fondations et ONG justifient avec cette classe, en utilisant quelques frères indigènes. Je n’accuse pas les frères indigènes. Ils utilisent les dirigeants pour justifier leurs bons salaires, leur expérience. J’ai écouté hier, dans la nuit, jusqu’à deux heures du matin avec La Vía Campesina. Vous connaissez La Vía Campesina. Je suis fondateur. Et les uns disent, me disent qu’ils ne construisent pas de routes, les autres me disent : “Tu ne réprimes pas”. Avant-hier, quand il était ici derrière, à Colomi, j’ai annoncé que nous allions construire une route double voie d’Oruro à Colomi. Ce projet est le plus applaudi par les compagnons de base, les gens qui ont besoin d’avoir un accès. Si nous regardons dans ce coin, tout près, dans El Alto, chaque jour ont me demande un petit barrage d’eau. Alors, les ONG et quelques dirigeants disent : « Non », quand ils n’interprètent pas les nécessités de leurs bases. C’est vrai. Et c’est pourquoi, hier soir c’était comme une confrontation avec La Vía Campesina. Amy Goodman : il nous reste seulement trente secondes. Votre espoir pour ce sommet ? Président Evo Morales : Je voulais vous expliquer … – je n’aime pas sentir qu’il n’y a pas de liberté d’expression dans l’expression de leur préoccupation. Mais je veux qu’ils sachent que c’est vrai. Et qu’hier soir avec La Vía Campesina, nous avons eu une confrontation. Ils sont restés muets à propos des barrages, à propos des routes. Maintenant je suis l’ennemi des thermo-électriques, par exemple, mais pas des hydroélectriques. Regardez … si non … Amy Goodman : Cinq secondes. Président Evo Morales : Bon… alors, merci beaucoup. Amy Goodman : Merci beaucoup à vous. Nous parlions au président de la Bolivie Evo Morales. Et cela finit notre semaine exclusive ici à Cochabamba, Bolivie, au Sommet des Peuples.Source : Democracy Now§ via Rebelion « Estamos mejor sin EEUU y sin el FMI »
Traduction : Primitivi