par Julio Escoto, écrivain et essayiste hondurien
El Herlado le 17 juin 2010 Pour la santé mentale et la transparence, le moment est arrivé de connaître en détail combien la crise déplorable de l’an dernier a coûté aux honduriens. En vies humaines il y a déjà des décomptes précis sur plus d’une centaine de personnes tuées par les forces de sécurité ou pour des motifs relatifs à leur filiation à des mouvements de résistance contre le putsch. Trois rapports de confiance sur les abus des droits citoyens l’affirment, ils détaillent avec horreur comment depuis trois cents jours que se déchaînent les événements il n’y a pas la moindre avancée pour punir les coupables, au niveau des enquêtes policières, de la responsabilité pénal et des cours de justice. Une partie du coût de ce triste moment c’est aussi les dommages irréparables occasionnés à la crédibilité démocratique [hondurienne], un sujet qu’on ne pourra éviter malgré les limitations existantes et l’auto-proclamée « Commission de la Vérité ».
Car il ne suffira pas que l’inévitable soit fini, qu’ici un coup d’État se soit déroulé, et non pas une soit-disant « succession présidentielle » (ce qui revient à dire qu’on ne tue pas le patient mais qu’on « suspend ses fonctions vitales ») et on devra poursuivre plus en profondeur jusqu’à dénoncer – ce serait mieux si les auteur(e)s et les complices se livraient d’eux-même – les délits publics et les détournements, comme celui d’avoir fait une fausse lettre de révocation présidentielle écrite par le Congrès1
, l’expatriation irrévocablement illégale du citoyen Zelaya, comme le fait d’avoir unilatéralement révoqué un gouvernement élu par le peuple, comme l’accession au pouvoir de fonctionnaires non élus, interdite par la Constitution.Ainsi que beaucoup d’autres crimes et délits, dont le « Gacetazo » qu’il faudra mettre un jour en lumière2
, un fait jusqu’à présent passé sous silence. La liste est presque interminable mais cela n’empêche pas qu’elle soit parcourue du début à la fin.La semaine dernière des informations télévisées ont assuré que les coûts de la répression militaire entre 2009 et 2010 se sont chiffrées à quinze milliards de lempiras, données dont j’ignore la provenance et qui semblent présomptueuses. En regardent calmement, cela correspondrait à environ 700 millions de dollars qui coïncident avec la chutes des réserves internationales [honduriennes], et avec ce qui a dû être « investi » en munitions, boucliers, matraques, tanks, gaz anti-émeutes, gel moutarde toxique et – si une telle brutalité est possible – dix mille bombes lacrymogènes obtenues subrepticement grâce au gouvernement du Pérou3
. Il convient également de comptabiliser les coûts de la mobilisation durant des mois de l’armée dans les rues, qu’un expert a évalué à environ un million de lempiras par jour, au coût du combustible pour les avions et les hélicoptères de la force aérienne, pour les véhicules à moteur terrestres et navals, le coût du recrutement d’agents et de policiers et de cette sorte de mercenaires (sicaires) dans laquelle s’est engagée une partie des réservistes, et qui a exigé beaucoup d’argent.Et si on veut feindre une équité de jugement il faudrait aussi ajouter combien de budget a été gaspillé dans le projet de la quatrième urne, y compris les soixante millions de lempiras qui, selon sa propre confession, Manuel Zelaya a remis sans aucun reçu à Romeo Vásquez4
.Dans ce calcul une colonne spéciale devra être ajoutée pour indiquer les montants dépensés afin d’influer les médias de communication, les journalistes et les écrivains, pour acheter les conseillers serviles, les montants dépensés dans des commissions de « lobbyistes » à l’étranger[[Voir « Qui appuie Micheletti et le gouvernement de facto ? » et « Un européen allié des putschistes parcourt le continent »]], dans des compagnies chargées de nettoyer l’image [des putschistes][[Voir « Micheletti a besoin de com’, Claudia Rosett de Forbes s’en charge », mais aussi le chapitre « Le Honduras signe avec une entreprise de relations publiques pour améliorer son image aux États-Unis »]], dans les marches financées secrètement[[Voir « Un ministre transfert des fonds pour les contre-manifestations »]], dans les « allocations » versées à des conseils industriels et à des chambres de commerce, dans les concessions pressées et vicieuses qui ont hypothéqué des biens de la patrie5
, ils ont provoqué la perte l’État et ils ont grossi la dette nationale… Nous exigeons de savoir. Le putsch a été un mauvais calcul, une erreur démesurée, une négociation politique intelligente aurait pu l’éviter. Pour l’évincer de l’histoire et désamorcer des passions il faut qu’une lumière absolue soit faite sur les responsables et les coûts que leur actions ont occasionné. Continuer de nier, ou de déguiser le réel, stimule des ressentiments et maintient pourrissant et pestilent le cadavre de la démocratie hondurienne. Pour envisager de commencer à reconstruire il faut d’abord s’obliger à soigner les blessures.Source : « El costo »
Traduction : Primitivi